Un lien étroit avec l’histoire de France

Il est significatif que la Sainte Famille ait choisi d’apparaître en Provence. Elle nous conduit ainsi à la source. La Provence est en effet la « porte » de l’évangélisation de la Gaule romaine qui deviendra la France quelques siècles plus tard. La « sainte famille » de Béthanie, sainte Marie-Madeleine, sainte Marthe et saint Lazare, victimes des persécutions, ont débarqué aux Saintes-Maries-de-la-Mer puis ont évangélisé la Provence. Merci Jésus de nous avoir envoyé ces amis de ton Cœur, ces témoins exceptionnels de ton mystère pascal ! 

La riche histoire des apparitions de Notre Dame de Grâces et de saint Joseph à Cotignac tisse des liens étroits avec l’histoire spirituelle de la France dans ses caractéristiques essentielles.

Recevoir l’héritage du disciple bien-aimé

L’évangéliste saint Jean est celui qui nous présente l’intégralité de la « sainte famille » de Béthanie : Marie-Madeleine, Marthe et leur frère Lazare. Il met fortement en lumière l’importance de la mission de cette « sainte famille » dans sa relation privilégiée avec Jésus. Ce sont tous les trois des amis chers à son Cœur. En recevant cette « sainte famille », la terre de France reçoit en quelque sorte l’héritage du disciple bien-aimé. Elle reçoit aussi ce dernier à travers la venue de Marie Salomé, la mère des Apôtres Jacques et Jean, parmi les saintes Marie ayant débarqué en Provence. 

Environ un siècle plus tard, ce précieux héritage du disciple bien-aimé va être complété et renforcé par la venue de saint Irénée de Lyon. Ce dernier, originaire d’Orient, a été disciple de saint Polycarpe de Smyrne, lui-même disciple de saint Jean l’évangéliste. Saint Irénée a succédé à saint Pothin comme évêque de Lyon. L’un et l’autre ont rendu à Jésus-Christ le témoignage suprême du martyre. Saint Irénée est un témoin éminent de la sagesse théologique du disciple bien-aimé. Il est le premier à attribuer explicitement à Marie le titre de Nouvelle Ève, auprès du Nouvel Adam, Jésus. Ce précieux héritage marial a été fortement reçu par la France tout au long de son histoire. « Regnum Galliae, regnum Mariae », dit le proverbe : « Le Royaume de France est le royaume de Marie ».

Il semble bien que ce lien privilégié de Marie avec la France ait même précédé la venue du Sauveur : « Au commencement, avant même que le Christ ne soit annoncé en France, on dit que deux villes au moins priaient déjà la « Virgo paritura », « la Vierge qui doit enfanter » : Longpont et Chartres. »

« Un premier culte à la Mère de Dieu est ensuite attesté au Puy-en-Velay et au Marillais, après deux apparitions, vers 430, juste avant le Concile d’Éphèse de 431. »

Ce lien privilégié avec Marie va s’associer à un lien privilégié avec la mission royale de Jésus :

Toujours au temps des fondations, Clotilde aurait attribué son mariage avec Clovis et les conversions qui s’ensuivent à la Vierge Marie et à l’évêque saint Rémi qui, lui aussi, vénérait tout spécialement la Reine du Ciel. Puis après la victoire miraculeuse de Tolbiac en 496, c’est le tournant du baptême de Clovis et de ses 3.000 leudes, dans la nuit de Noël 496, selon la tradition, ou entre 498 et 508, après la victoire de Vouillé et le pèlerinage de Clovis au tombeau de saint Martin à Tours, selon les historiens. Dès lors, selon l’adage antique : « Le Royaume des Francs est le royaume de Marie. » À ce moment crucial de l’histoire de France se rattachent deux traditions : le don de la sainte ampoule avec laquelle seront sacrés tous les rois de France jusqu’à Louis XVI, et le « Testament de saint Rémi » qui promet à la France et à ses rois le même type de destin que celui annoncé au peuple d’Israël à la fin du livre du Deutéronome (Dt 28) ou au Psaume 88 : « de très grandes bénédictions divines » tant qu’ils choisiront de rester ou de redevenir fidèles, et de grandes malédictions dans la cas contraire.

Le glorieux couronnement de Notre-Dame de Grâces et de l’Enfant-Jésus

En 1938, le Pape Pie XI autorisa le couronnement de Notre-Dame de Grâces à cause du glorieux tricentenaire de la consécration de la France à Marie. Ainsi, le 7 août 1938, monseigneur Siméone évêque de Fréjus et Toulon couronna solennellement la statue de Notre-Dame. « La presse locale fait état d’un rassemblement de 50 000 personnes. La couronne est confectionnée à partir de bijoux et de l’or offerts par les fidèles. » Oui, Jésus est vrai Roi de France et Marie, vraie Reine de France !

Un lien privilégié avec la mission royale de Jésus-Christ

Ce lien privilégié avec la mission de Jésus, le Roi, se situe dans une certaine continuité avec la mission royale de la tribu de Juda au sein du Peuple élu d’Israël :

À partir de Pépin le Bref en 751, les rois sont sacrés selon un rituel inspiré de la Bible (Livre de Samuel et Livre des Rois), qui est fixé au XIIIe siècle et qui présente plusieurs originalités : il s’agit à la fois d’un rite liturgique très codifié, en une quinzaine de phrases, et d’une cérémonie politique incluant le sacre et le couronnement du roi, en présence de 12 pairs de France, moitié laïcs, moitié ecclésiastiques, titulaires de grands fiefs rappelant les 12 tributs d’Israël. Pour le rite central de l’onction qui se réfère à l’onction des rois d’Israël, tous les rois de France, de Clovis à Louis XVI, sont oints par la même huile sainte, cette huile que l’on affirme « venue du Ciel », conservée dans la « Sainte Ampoule » précieuse entre toutes, mise spécialement en valeur lors du sacre par une antienne et un cortège très solennels. Enfin, il est attesté, du XIIe siècle à Charles X, que le roi nouvellement sacré dispose, de par Dieu, d’un pouvoir de thaumaturge qu’il exerce par le geste de « toucher les écrouelles » qu’accompagne une parole : « Le roi te touche, Dieu te guérit ». Les rois de France sont ainsi établis successeurs symboliques des rois d’Israël de l’ancien Testament, faisant des Francs un nouveau peuple élu pour l’œuvre de Dieu. Au XIIe siècle, le chroniqueur Guibert de Nogent écrit une histoire des croisades qu’il intitule « Gesta Dei per Francos », c’est-à-dire « Actes de Dieu par les Francs », formule qui reste désormais associée à cette compréhension par la France de sa mission particulière. Un siècle plus tard, dans sa lettre à saint Louis, le pape Grégoire IX écrit le 21 octobre 1239 : « Comme autrefois Dieu préféra la tribu de Juda à celles des autres fils de Jacob et comme il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi il choisit la France, de préférence à toutes les autres nations de la terre, pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté de l’Église. De même qu’autrefois la tribu de Juda reçut d’en-haut une bénédiction toute spéciale parmi les autres fils du patriarche Jacob ; de même le royaume de France est au-dessus de tous les autres peuples, couronné par Dieu lui-même de prérogatives extraordinaires. La tribu de Juda était la figure anticipée du royaume de France. Le Rédempteur a choisi le béni royaume de France comme l’exécuteur spécial de ses divines volontés. »

Cette étonnante élection divine est à comprendre comme responsabilité particulière et don au bénéfice de l’ensemble du Peuple de Dieu comme, analogiquement, c’est le cas pour Israël et pour la Vierge Marie, bénie entre toutes les femmes et don pour chacun de nous : « Voici ta Mère » (Jn 19, 26-27). Seule la lumière de cette prédilection rend compte jusqu’au bout de ces si fortes et étonnantes interventions de la Providence dans l’histoire de la lignée royale catholique initiée avec le baptême de Clovis, comme ce sera le cas à Cotignac. Malheur à la France, comme nous le voyons aujourd’hui, lorsqu’elle n’est pas fidèle à sa mission de Fille aînée de l’Église, à son alliance avec la Sagesse éternelle !

Cette vocation de la France à participer éminemment à la mission royale de Jésus est au service de l’Église romaine et particulièrement de la mission du successeur de Pierre.

Clovis reçoit le baptême dans la foi catholique, alors que les autres royaumes barbares sont majoritairement passés à l’hérésie arienne. Saint Remi le dit « prédicateur de la foi catholique » et saint Avit s’en réjouit : « En faisant votre choix, c’est pour tous que vous prononcez votre jugement : votre foi est notre victoire. » Lorsqu’en 511, Clovis réunit les évêques en concile à Orléans, ceux-ci l’appellent « fils de l’Église catholique ». Plus tard, en 753, quand le pape Étienne II remercie pour le secours militaire reçu du roi Pépin le Bref, il accorde à la couronne des Francs le patronage de sainte Pétronille, tenue alors pour la propre fille de saint Pierre, confirmant ainsi la filiation spirituelle qui unit la dynastie franque à l’Église de Rome. En 1495, le pape Alexandre VI donne au roi Charles VIII le nom de « fils aîné » de l’Église, désormais porté par ses successeurs. Et tout naturellement, en 1841, Lacordaire parle le premier de la France comme « Fille aînée de l’Église ». 

C’est dans cette ligne qu’en 1519, Notre Dame de Grâces, saint Michel Archange et saint Bernard viennent soutenir la France dans sa défense de la foi catholique face à l’hérésie protestante naissante qui menace particulièrement l’autorité du successeur de Pierre. 

Saint Michel Archange, chef de l’Armée céleste, est particulièrement engagé pour protéger cette mission particulière de la France. Il apparaîtra à Cotignac en 1519. « En 708, l’archange saint Michel apparaît à saint Aubert, évêque d’Avranches, ce qui conduit à l’édification de l’incroyable abbaye du Mont Saint-Michel,  ̏merveille de l’Occident ̋, construite pour célébrer celui qui est le  ̏protecteur de la France ̋ aux côtés de la Reine des anges. »

Avec le prodige du témoignage de sainte Jeanne d’Arc, se manifeste puissamment ce lien unique de la France avec la mission de Jésus-Roi. 

En 1428, il y a bientôt cent ans que la France est ravagée par une guerre interminable avec l’Angleterre. Mais « Dieu a grande pitié du peuple de France » dans sa misère, et dans cette situation dramatique un rebondissement extraordinaire et jamais vu se prépare, sous la protection de Marie. Le 13 mai, à 17 ans à peine, Jeanne d’Arc laisse ses parents à Domrémy, pour se rendre à Vaucouleurs et s’adresser à Robert de Baudricourt qui dirige la seule garnison française des environs : « Je suis venue à vous de la part de mon Seigneur, pour que vous mandiez au Dauphin de se bien tenir et de ne pas cesser la guerre contre ses ennemis. Avant la mi-carême , le Seigneur lui donnera secours. De fait, le royaume n’appartient pas au Dauphin, mais à mon Seigneur. Mais mon Seigneur veut que le Dauphin soit fait roi et ait le royaume en commande. Malgré ses ennemis, le Dauphin sera fait roi et c’est moi qui le mènerai au sacre. » Quand Robert lui demande : « Et quel est ton Seigneur ? », elle répond : « Le roi du Ciel ! » Évidemment, elle est prise pour folle et renvoyée à ses parents. Elle doit insister, revenir une deuxième fois, puis une troisième fois, en argumentant : « Ne savez-vous pas la prophétie qui dit que la France sera perdue par une femme [Isabeau de Bavière avait  ̏vendu la France ̋ par le Traité de Troyes] et qu’elle sera relevée par une pucelle des marches de Lorraine ? » Finalement après l’accomplissement d’une parole prophétique de Jeanne (la perte de la bataille dite des « Harengs », près d’Orléans), Robert de Baudricourt accède à sa demande, après neuf mois d’attente. Après l’avoir fait exorciser, il la laisse partir le 23 février 1429 : « Va, et advienne que pourra… » Alors, avec l’aide de l’archange qui lui dit : « Je suis Michel, le Protecteur de la France », Jeanne d’Arc intervient de manière fulgurante, portant fièrement l’étendard de Jésus et Marie « qu’elle aimait quarante fois plus que son épée ». Elle convainc le Dauphin, prend la tête d’une petite armée qui, le 8 mai 1429, en l’abbaye de Fleury-sur-Loire, appelée ensuite Saint-Benoît-sur-Loire, a lieu l’évènement de la « triple donation », capital pour qualifier l’histoire de France. Il est raconté dans le Breviarium historiale, rédigé au cours de l’été 1429 : « Un jour, la Pucelle a demandé au roi de lui faire un présent. Cette prière fut aussitôt agréée. Jeanne ne demanda rien de moins que le royaume de France. Le roi, étonné, fit le cadeau après un instant de réflexion. Jeanne l’accepta et s’en fit faire, par les quatre secrétaires du roi, une charte dont il fut donné une lecture solennelle. Le roi en était un peu ébahi, et Jeanne, en le montrant à l’assistance, tint ce propos : « Voilà le plus pauvre chevalier de son royaume ! » Presqu’en même temps, par-devant les mêmes notaires, elle livra au Dieu tout-puissant le royaume de France qu’elle venait de recevoir en don. Puis, au bout d’un instant, obéissant à un ordre de Dieu, elle investit le roi Charles du royaume de France ; et de tout cela elle fit dresser un acte solennel ». Ainsi le roi est bien reconnu officiellement comme « lieutenant de Dieu » sur terre… Dès le lendemain, malgré l’opposition de beaucoup, le Dauphin prend la décision d’aller à Reims pour se faire sacrer comme roi légitime, sous le nom de Charles VII, car Jeanne insistait et affirmait que c’était « le bon plaisir de Dieu ». Le pacte de Reims se renouvelle alors merveilleusement, alors que tout semblait perdu. Et cette épopée à nulle autre pareille, sans aucun équivalent dans l’histoire du monde, conduit quelques années plus tard à libérer « le saint royaume de France » du joug de l’Angleterre et à mettre fin à cette terrible Guerre de Cent Ans. 

Notre-Dame de Grâces donne à la France un dauphin tant attendu

En 1637, deux cent ans après la mission extraordinaire de sainte Jeanne d’Arc, la continuité de la lignée royale catholique française est de nouveau dramatiquement menacée. Louis XIII, dit « le Juste », est roi de France, marié avec Anne d’Autriche depuis 22 ans. Ils vivent une grande épreuve car après 22 années de mariage, ils ont été affligés par plusieurs fausses couches mais attendent toujours la naissance d’un héritier pour la couronne, d’un dauphin.

En 1629, Louis XIII avait fait la promesse à la Vierge Marie de construire une église sous le vocable de « Notre-Dame des Victoires » s’il était victorieux des protestants à La Rochelle. Il en sera victorieux. 

Cette même année 1629, les Augustins déchaussés sollicitent l’aide du roi pour l’édification de leur nouveau couvent. Le roi consent à cette demande à condition que l’église conventuelle se nomme « Notre-Dame des Victoires » pour accomplir sa promesse. En 1631, le jeune Denis Antheaume entre chez les Augustins déchaussés et prend le nom de frère Fiacre de Sainte Marguerite. Deux mois après sa prise d’habit, il tombe malade et s’inquiète du coût des soins qui lui sont prodigués, sa famille est pauvre et ne peut aider son couvent. Il s’en ouvre au frère infirmier qui lui dit de ne pas se tourmenter, la reine Anne d’Autriche couvre de libéralités les hôpitaux et prend en charge les religieux malades. Rempli de reconnaissance, le jeune religieux prie aux intentions de la reine et notamment pour la naissance d’un héritier. Durant quatre ans frère Fiacre porte cette intention, il s’ouvre à ses supérieurs d’une motion intérieure qui demande à la reine de faire dire trois neuveines, une à Notre-Dame de Grâces à Cotignac en Provence, une autre à Notre-Dame de Paris et la troisième à Notre-Dame des Victoires. La prudence des supérieurs fait qu’ils en restent là. Durant deux ans, il continuera à porter cette intention dans le silence. Le 27 octobre 1637, une nouvelle motion intérieure se fait si pressante durant les matines qu’il dut quitter le chœur des moines. Ses supérieurs lui enjoignent de demander un signe probant pour qu’ils puissent donner suite à la requête de la Vierge. Le 3 novembre 1637, à deux heures du matin, alors que frère Fiacre s’est retiré dans sa cellule, il entend les cris d’un bébé. Levant la tête, il aperçoit la Vierge Marie enveloppée de lumière tenant un enfant entre ses bras. Elle est assise, vêtue d’une robe bleue semée d’étoiles, ses cheveux pendent sur ses épaules, une triple couronne ceint sa tête. Il est pris d’effroi, elle lui dit alors : « Mon enfant, n’ayez pas peur, je suis la Mère de Dieu. » Le frère Fiacre se prosterne croyant que cet enfant est Jésus. Marie lui dit : « Mon enfant, ce n’est pas mon Fils, cet enfant est le dauphin que Dieu veut donner à la France. » Cette vision se reproduira trois fois au cours de la nuit et la dernière s’achève à quatre heures du matin avec ce message : « Ne doutez plus, mon enfant, de ce que vous avez déclaré à votre confesseur : pour preuve, je veux que l’on avertisse la reine qu’elle fasse trois neuveines en mon honneur. Voilà l’image qui est à Notre-Dame de Grâces en Provence et la façon (l’architecture) de l’église. » La Vierge lui montre un tableau et l’architecture si particulière du Sanctuaire avec une façade en demi-cercle et dont le plafond est azuré de semé d’étoiles.  

Finalement, le 8 novembre 1637 frère Fiacre commence les trois neuveines qui s’achèveront le 5 décembre. Ce même jour, le roi Louis XIII qui réside au château de Saint-Germain-en-Lay va rendre visite à sa confidente Louise de Lafayette qui était entrée en religion chez les Visitandines à Paris. À sa sortie du couvent, éclate un violent orage qui contraint le roi à demeurer sur Paris. Il dînera avec la reine au palais du Louvre, lieu de résidence habituel de cette dernière, et passe la nuit avec elle. La reine découvre quelque temps après qu’elle est enceinte. 

Le père Laurentin explique que l’intercession du frère Fiacre fut accompagnée d’autres intercessions marquantes, notamment celle de Marguerite du Saint-Sacrement :

À Beaune, en Bourgogne, sœur Marguerite du Saint-Sacrement, carmélite (à ne pas confondre avec la fille de Mme Acarie) se sentit chargée d’une mission analogue à celle du frère Fiacre. Depuis quelque temps, elle avait discrètement des apparitions de la Vierge avec l’Enfant Jésus. Le 16 février 1632, elle reçut la grâce du mariage mystique, l’année où Anne d’Autriche vint s’agenouiller devant Notre-Dame de Bon Remède, à l’abbaye de Frigolet. À cette occasion, le Seigneur lui fit voir « l’amour qu’il portait au Roi […]. Il voulait qu’elle priât pour obtenir un dauphin […]. Il serait l’œuvre de son Enfance […]. Elle le donnerait en bénédiction. » Le 25 décembre 1635, sœur Marguerite renouvelle plus intensément sa demande à l’enfant Jésus qui lui répond : « Puise, mon épouse, ce que tu voudras dans mon cœur ! Rien ne te sera refusé. Je t’accorde le dauphin que tu demandes, et tu ne mourras point sans avoir la joie et la consolation de voir ma promesse accomplie. » Dès le 15 décembre 1637, elle aurait appris, de même source, que la Reine était enceinte d’un dauphin, selon sa promesse du 25 décembre 1635, et le carmel de Beaune en fit informer la Reine par le grand Couvent de Paris. Le jour de la naissance, sœur Marguerite est de nouveau miraculeusement informée, assure la chronique, et, quelques jours après, pendant le Te Deum d’action de grâces, elle couronna la statue du Saint Enfant Jésus placée dans le chœur en disant : « O Saint Enfant, vos promesses sont maintenant accomplies ! Faites que ce prince que vous avez donné soit soumis à votre divine puissance, qu’il n’ait point de couronne ni de grandeur qu’il ne reconnaissance tenir de vous et dépendre de la vôtre, et que, durant son règne, il établisse partout l’autorité de Votre empire. » La Reine lui envoya, en action de grâces, une petite statue de Louis XIV que sœur Marguerite appelait « l’œuvre du Saint Enfant Jésus ». La Régente de France lui enverra le Saint Collier du Saint-Esprit, porté par Louis XIV le jour de son sacre, pour qu’elle le mette à la statue de l’Enfant Jésus, sculptée par M. de Renty ? et vénérée au carmel de Beaune, sous le nom de Petit Roi de Gloire.

Cette « œuvre du Saint Enfant Jésus », le Petit Roi de Gloire, renvoie à l’apparition de Notre Dame de Grâces avec justement cet Enfant Jésus dans ses bras.

Louis XIII portait en son cœur depuis plusieurs années le vœu de consacrer son royaume et sa personne à la Vierge Marie. « En 1636, la Sainte Vierge demande à Mère Anne-Marie de Jésus Crucifié, religieuse stigmatisée que le cardinal de Richelieu tenait en grande estime, que la France lui soit consacrée. » En novembre 1637, un texte de consécration était soumis au Parlement de Paris. « Il y fut adopté puis signé par le roi le 10 février 1638, en son château de Saint-Germain-en-Lay. » Louis XIII consacrait ainsi officiellement sa personne et son royaume à Notre Dame de l’Assomption. La grossesse d’Anne d’Autriche après 23 ans de mariage est l’occasion providentielle de cet accomplissement du « vœu de Louis XIII ». Voici le très beau texte de cette ordonnance du 10 février :

Louis, par grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présents lettres verront, salut. Dieu qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l’esprit qu’il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre État, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d’effets merveilleux de sa bonté que d’accidents qui nous pouvaient perdre. Lorsque nous sommes entrés au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d’en troubler la tranquillité : mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause, que l’on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l’artifice des hommes et la malice du diable ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables au repos de notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice. La rébellion de l’hérésie ayant aussi formé un parti dans l’État qui n’avait d’autre but que de partager notre autorité, il s’est servi de nous pour en abattre l’orgueil et a permis que nous ayons relevé ses saints autels en tous lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu’à la vue de toute l’Europe, contre l’espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs états dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins pour faire voir à toutes les nations que, comme sa providence a fondé cet État, sa bonté le conserve et sa puissance le défend. Tant de grâces si évidentes font que, pour n’en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix qui nous viendra sans doute de la main dont nous les avons reçues et que nous désirons avec ardeur, pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine, que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous révérons l’accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du fils de Dieu en notre chair, nous consacrer à la grandeur de Dieu, par son fils rabaissé jusques à nous et à ce fils, par sa mère élevée jusqu’à lui, en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et tous nos sujets, pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession, et de toute la cour céleste, par son autorité et exemple ; nos mains n’étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de la porter, les rendront hosties agréables ; et c’est chose bien raisonnable qu’ayant été médiatrice de ses bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces. À ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que, soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et, afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés en ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l’église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la croix ; nous serons représenté aux pieds et du Fils et de la Mère comme leur offrant notre couronne et notre sceptre. Nous admonestons le sieur archevêque de Paris et néanmoins lui enjoignons que, tous les ans le jour et fête de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand’messe qui se dira en son église cathédrale et qu’après les vêpres dudit jour, il soit fait une procession en la dite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s’observe aux processions générales les plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales que celles des monastères de la dite ville et des faubourgs, et en toutes les villes, bourgs et villages du dit diocèse de Paris. Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leur église épiscopales et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu’à la dite cérémonie les cours de parlement et autres compagnies souveraines et les principaux officiers de la ville y soient présents. Et d’autant qu’il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons les dits archevêques et évêques, en ce cas, de lui dédier la principale chapelle des dites églises pour y être faite la dite cérémonie et d’y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d’admonester tous nos peuples d’avoir une dévotion particulière à la Vierge, d’implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse longuement d’une bonne paix, que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons été créés. Car tel est notre plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Lay, le dixième jour de février, l’an de grâce mil six cent trente huit, et de notre règne le vingt-huit.

Signé : Louis.   

La solennité de l’Assomption fêtée le 15 août devient ainsi un jour chômé en France et la première Fête nationale. 

Nous avons des témoignages touchants de la joie du peuple et du déluge de grâces qui comble la France suite à cette consécration à Marie. Grotius, ambassadeur de la Suède protestante, écrit le 11 septembre 1638 : « Jamais aucun peuple, dans aucune occasion, n’a montré plus d’allégresse : c’est une grande et sûre preuve d’amour des sujets pour leur roi quand ils accueillent avec de tels transports d’être gouvernés par sa postérité. » L’historien Lepré-Balain écrit en 1647 : « Depuis ce vœu, la France a ressenti les effets de cette puissante protection. Toutes nos affaires reprirent avec tant de bonheur qu’il semble que ce soit un songe, ou que nos ennemis aient perdu cette haute estime qu’ils se donnaient de vouloir faire la loi à toutes les nations et surtout d’humilier la nôtre ».

Début février 1638, l’humble frère Fiacre fut obligé de se rendre au Louvre où, aussi confus qu’ému, il vit la reine s’agenouiller devant lui et le remercier. Peu après, il dut également rencontrer le roi qui le chargea, avec un confrère prêtre, d’aller à Cotignac célébrer une neuveine de Messes.

Neuf mois après l’évènement du 5 décembre 1637, le 5 septembre 1638, naissait Louis Dieudonné qui deviendra le roi Louis XIV.

En 1644 la régente Anne d’Autriche charge le frère Fiacre d’acheminer au Sanctuaire de Cotignac un tableau représentant le roi Louis XIV à genou, offrant pieusement à Notre Dame son sceptre et sa couronne. Ce tableau fut malheureusement brûlé à la Révolution.  

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Louis XIV et sa mère viennent remercier Notre-Dame de Grâces à Cotignac

En 1659 est signé le Traité des Pyrénées, réconciliant la France et l’Espagne. La clause principale est le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse l’Infante d’Espagne, afin de signifier l’alliance des deux pays. Ils doivent se marier à Saint-Jean-de-Luz.

Louis XIV et sa mère, Anne d’Autriche, profitent de ce voyage pour aller en pèlerinage d’action de grâces au Sanctuaire Notre-Dame de Grâces de Cotignac. Les habitants de Cotignac aménagent le chemin et l’escalier Louis XIV pour sa venue. 

Pour cette illustre occasion, l’évêque de Fréjus Joseph Zongo Ondedei préside le Saint Sacrifice de la Messe. Louis XIV offre au Sanctuaire l’anneau de diamant qu’il portait au doigt ainsi que son cordon bleu céleste du prestigieux ordre de chevalerie du Saint-Esprit dont il était le Grand Maître.

Le 7 juin 1660 Louis XIV et Marie-Thérèse passent la frontière de l’Espagne à la France au moment où saint Joseph apparaît à un berger du même âge que le roi, mourant de soif sur le mont Bessillon, à 3 kms et demi du lieu d’apparition de Notre-Dame de Grâces. Louis et Marie-Thérèse se marient le 9 juin à Saint-Jean-de-Luz. « Tous deux firent relier richement le traité des Pyrénées et leur contrat de mariage en un volume in-folio, avec couverture en maroquin rouge et tranche dorée. Ils chargèrent le frère Fiacre, qui avait prié durant quinze ans pour la paix, d’offrir cet ouvrage en leur nom à la ̏ Mère des grâces ̋. Parti de Paris le 1er mars, il arriva à Cotignac le 2 avril, sa réputation de sainteté le précédait. Sur son itinéraire, des personnes le suppliaient de faire des neuvaines à leurs intentions. À Aix-en-Provence une foule considérable l’attendait. De retour à Paris, sans doute effrayé par ce succès populaire, il demanda la grâce de ne plus sortir de son couvent. Il termina les vingt-trois dernières années de sa vie dans la solitude et la prière. Le 15 novembre 1644, il fit donation de son cœur à sa Mère Bien-aimée du Ciel, qu’il renouvela en 1684. Il la signa de son sang. » Il voulut que son cœur soit porté au Sanctuaire Notre-Dame de Grâces, ce qui fut fait par ordre de Louis XIV. Une plaque dans le Sanctuaire fait mémoire de cela.

Louis XIV fit graver une plaque un an après la mort de sa mère en 1666. Il demanda qu’elle soit apposée au Sanctuaire. Cette plaque, toujours visible dans le Sanctuaire, contient ce texte :

LOUIS XIV, ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE DONNÉ À SON PEUPLE PAR LES VŒUX QU’ANNE D’AUTRICHE, REINE DE FRANCE, SA MÈRE A FAITS DANS CETTE ÉGLISE A VOULU QUE CETTE PIERRE FUT ICI POSÉE POUR SERVIR DE MONUMENT À LA POSTÉRITÉ ET DE SA RECONNAISSANCE ET DES MESSES QUE SA LIBÉRALITÉ Y A FONDÉES POUR L’ÂME DE SA DITE MÈRE. LE XXIII AVRIL MDCLXVII

Lien entre l’apparition de saint Joseph et les apparitions de Paray-le-Monial

Nous avons vu que le contexte religieux significatif des apparitions de Notre-Dame de Grâces est celui de la naissance du protestantisme. Celui de l’apparition de saint Joseph est par contre l’émergence du jansénisme. Les Oratoriens du Sanctuaire Notre-Dame de Grâces eux-mêmes furent jansénistes, même si ce jansénisme était heureusement mitigé et adouci par la dévotion à Marie.

Le jansénisme est une réalité complexe qui aura des aspects d’abord religieux mais ensuite aussi politiques. Gabriel Henri Blanc en donne une description pertinente, en s’appuyant sur Louis Cognet (1917-1970), docteur en théologie :

C’est dans une nouvelle conception, sinon vision de cet incommode sujet : grâce – libre arbitre que surgit le jansénisme. Il aggravait encore les thèses augustiniennes (de saint Augustin), se rapprochait dangereusement du calvinisme, laissait l’homme dans une déchéance impuissante, à la merci de la grâce ou du péché. Avec, de plus, un fond d’austérité et de rigueur morale visant surtout le laxisme des jésuites qui, nés avec les temps nouveaux issus de la Renaissance, s’en étaient comme imprégnés, et dont la tactique était, et fut toujours, d’esquiver les affrontements avec les doctrines, les courants de pensées des plus ou moins hérétiques, aux plus antagonistes du catholicisme, et encore de composer relativement avec eux afin de mieux pouvoir les conduire, ou s’en défendre. Enfin l’accent était mis sur le nécessaire dépouillement du culte, touchant les dévotions, et à la Vierge Marie, et aux Saints.

Il faut ajouter à ces traits caractéristiques du jansénisme celui d’une opposition au Pape et à son Magistère qui prendra clairement position contre le jansénisme. Ainsi ce dernier est marqué par un éloignement de l’Eucharistie, de la Vierge Marie et du Pape, successeur de Pierre. Éloignement dramatique de la communion avec ce que saint Jean Bosco appellera les trois Blancheurs et qui forment le « cœur » de l’Église catholique, la « source » inépuisable du nouvel ordre de relations familiales inauguré par Jésus.

Le jansénisme se présente ainsi comme une tentative erronée de réforme catholique en réponse à la réforme protestante (contexte de 1519) par une austérité qui durcit le cœur en s’éloignant des sacrements (notamment l’Eucharistie) et de la miséricorde divine. Saint Joseph donne une source d’eau sur laquelle on inscrira « Puisez avec joie aux sources du salut » (Isaïe 12, 3). Ce sont les premiers mots de l’encyclique de Pie XII sur le Sacré-Cœur (en latin : Haurietis aquas). Seule la source d’eau vive du Cœur de Jésus (Jn 7, 35-37) pourra convertir le cœur de pierre du roi (« enlève ce rocher ») en cœur de chair (Ez 36) et lui donner d’aimer vraiment son épouse fidèlement. Saint Joseph prépare ainsi le cœur du Roi à la demande de Paray-le-Monial à travers sainte Marguerite-Marie en 1689. 

Le sommet de la manifestation de la sollicitude divine pour la France, en droite ligne avec l’héritage du disciple bien-aimé, est atteint entre 1673 et 1689, lorsque Jésus apparaît à Paray-le-Monial, en Bourgogne, à une religieuse de l’ordre de la Visitation, sainte Marguerite-Marie Alacoque.

Une première fois, le 27 décembre 1673, en la fête de saint Jean apôtre et évangéliste qui reposa sur la poitrine du Seigneur, Jésus accueille la jeune religieuse contre son Cœur et lui révèle les trésors de son amour. Puis, en juin 1675, Jésus révèle plus largement encore ses secrets : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné, jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes. » La révélation du Sacré-Cœur, qui est un don pour toute l’Église, s’accompagne cependant d’un message capital, plus spécialement adressé à la France, à partir de 1675. Voilà les paroles de Jésus, rapportées par sainte Marguerite-Marie dans la lettre qu’elle écrit à sa supérieure le 17 juin 1689 : « Fais savoir au fils aîné de mon Sacré-Cœur », c’est-à-dire au roi de France, « que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à mon Cœur adorable qui veut triompher du sien et, par son entremise, de celui des grands de la terre. » « Triompher du cœur du roi » signifie que Jésus demande la conversion du roi. À l’époque, la cour de Versailles vit, comme on le sait, de manière très mondaine, bien loin de l’idéal chrétien. Le Christ vient donc demander la conversion du roi et de sa cour. Le Sacré-Cœur « veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis et pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la sainte Église. » Comme Louis XIII avait consacré la France à Marie, Louis XIV doit la consacrer au Sacré-Cœur : voilà ce que demande Jésus. Et, dans une autre lettre, au mois d’août, la religieuse réitère cette demande du Christ : « Le Père éternel voulant réparer les amertumes et angoisses que l’adorable Cœur de son divin Fils a reçues dans la maison des princes de la terre, veut établir son empire dans le cœur de notre grand monarque, duquel il se veut servir pour l’exécution de ce dessein qu’il désire voir s’accomplir en cette manière, qui de faire faire un édifice où serait le tableau de ce divin Cœur pour y recevoir la consécration et les hommages du roi et de toute la cour. »  

Le roi Louis XIV n’a malheureusement jamais répondu à cet appel.

En regardant attentivement l’histoire de Louis XIV, il apparaît que le roi ne connaît que des victoires jusqu’en 1689, mais qu’après cette date, les défaites se multiplient. En cette fin de XVIIe siècle et au début du XVIIIe, la franc-maçonnerie s’introduit en France et, malgré les condamnations des papes Clément XII (1738) puis Benoît XIV (1751), elle séduit un certain nombre de catholiques, affaiblissant ainsi le lien traditionnel qui unit la France au Siège de Pierre depuis Clovis. Finalement, le 17 juin 1789, soit cent ans jour pour jour (!) après la demande de Jésus à Paray-le-Monial, le Tiers État, mené par l’abbé Sieyès (qui défroque en 1793) et par Mirabeau, noble déclassé, se proclame Assemblée nationale puis Assemblée constituante : c’est le basculement vers la Révolution qui renverse la monarchie, bannit bientôt le culte catholique et mène finalement contre le clergé une persécution telle que la France n’en avait plus connue depuis les persécutions romaines. Au début de l’année 1792, pris dans la tourmente révolutionnaire, Louis XVI, en concertation avec le P. Hébert son confesseur, prévoit – s’il parvient à rétablir son autorité royale – de consacrer la France au Sacré-Cœur. Mais la monarchie tombe le 10 août de la même année, et Louis XVI n’a jamais l’occasion de réaliser ce pieux projet.

Le roi Louis XIV n’ayant dramatiquement pas répondu à cet appel vital du Sacré-Cœur, Jésus nous enverra son « Ange », sa Messagère, à Fatima en 1917 comme ultime planche de salut. Il y a en effet un parallèle frappant entre les apparitions du Cœur de Jésus à Paray-le-Monial et celles du Cœur de Marie à Fatima. À Paray-le-Monial, Jésus montre son Sacré-Cœur, demande la consécration de la France à ce divin Cœur par Louis XIV (remède à la menace de la Révolution française) ainsi que la pratique réparatrice des premiers vendredis du mois. À Fatima, Marie montre son Cœur Immaculé, demande la consécration de la Russie par le Pape et les évêques unis à lui (remède à la révolution bolchévique) ainsi que la pratique réparatrice des premiers samedis du mois.

En août 1931, le Christ se plaint dans une communication intime à sœur Lucie : « Ils n’ont pas voulu écouter ma demande. Comme le roi de France, ils s’en repentiront et ils la feront, mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres, des persécutions contre l’Église : le Saint-Père aura beaucoup à souffrir. » Et encore : « Fais savoir à mes ministres, étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de ma demande, qu’ils le suivront dans le malheur. »   

Heureusement, à Fatima le 13 juillet 1917, Notre-Dame du Rosaire nous a donné une promesse qui fortifie et oriente notre espérance face à nos faiblesses humaines : « À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera. »

L’épreuve désolante de la Révolution française

Fin 1792 les pères Oratoriens quittent le Sanctuaire. Leur couvent est transformé en prison où environ 150 personnes sont enfermées, sans jugement, sans défense et maltraitées. En 1794, la chute de Robespierre leur valut d’échapper à la guillotine et de recouvrer la liberté.

« En 1795, trois sœurs ferventes Rose, Euphrasine et Thérèse Gérard eurent l’audace durant la nuit de dérober la statue de la Sainte Vierge, le tableau roulé de l’Apocalypse, l’urne du cœur du frère Fiacre ainsi que la pierre en marbre noir qu’avait posée Louis XIV alors que les révolutionnaires avaient décidé de mettre tous ces objets en vente. »

Durant la Révolution, Marie-Madeleine Daillon (dite Tata Madelon), une pieuse veuve de Montfort, morte en odeur de sainteté, protégeait les prêtres et religieux persécutés, tout en se rendant souvent, pieds nus, au Sanctuaire dévasté, suppliant Notre Dame qu’il renaisse de ses cendres.

Quelques engagement forts en faveur du Sacré-Cœur

Sous la Révolution, le clergé de Vendée consacre les fidèles et leur terre au Sacré-Cœur, mais les pauvres Vendéens payent au prix fort leur fidélité au Christ et au roi. Entre 1793 et 1796, plus de 150.000 d’entre eux défient la Terreur révolutionnaire et sont finalement massacrés en arborant le Sacré-Cœur de Jésus.

Les prêtres qui refusent de prêter serment à la nouvelle constitution civile du clergé sont spécialement persécutés : plusieurs centaines d’entre eux sont enfermés dans deux galions au large de La Rochelle et gardés emprisonnés jusqu’à ce qu’ils meurent du typhus et de la faim. Les objets religieux eux-mêmes sont les cibles des révolutionnaires qui pillent les églises. Le sang des martyrs de la Terreur et de la Révolution n’est cependant pas oublié de Dieu. Il est la semence d’un nouvel élan missionnaire dans le siècle qui suit : les jésuites (fondés en France par saint Ignace de Loyola en 1539 et refondés en 1814) et les prêtres de la société des Missions étrangères de Paris (fondée en 1663 et dont le séminaire rouvre en 1815) annoncent l’Évangile en Asie et dans l’Océan indien ; les Spiritains (fondés en 1703 et revivifiés en 1848) et les Pères blancs (1868) en Afrique ; les sœurs de Saint-Joseph de Cluny (1807) et les Oblats de Marie Immaculée (1816) en Amérique du nord ; les Picpuciens (1800) et les Maristes (1822) en Océanie… En 1822, Pauline Jaricot fonde à Lyon l’Œuvre pontificale de la propagation de la foi, pour le soutien des missions. Tout cela à un point tellement extraordinaire qu’on dit qu’au XIXe siècle, deux tiers des missionnaires du monde sont issus de la « Fille aînée de l’Église » qui mérite plus que jamais son titre traditionnel d’« éducatrice des peuples ». En 1836, l’abbé Dufriche-Desgenettes fonde à Notre-Dame des Victoires l’association du Très saint et immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs, qui se répand en peu d’années dans le monde entier. En 1870, tandis que la France succombe aux assauts prussiens, un « vœu national » promet d’ériger un sanctuaire à la gloire du Sacré-Cœur de Jésus. Ce vœu est ratifié et décrété « d’utilité publique » par l’Assemblée nationale le 24 juillet 1873. Ainsi commence la construction du sanctuaire du Sacré-Cœur de Montmartre qui sera achevé et consacré en 1919 et qui répond à une partie de la demande de Jésus à Paray-le-Monial deux siècles plus tôt. Plus près de nous, le Père Charles de Foucauld porte lui aussi une dévotion spéciale au Sacré-Cœur. À partir de 1889, il se consacre au Sacré-Cœur de Jésus qu’il porte désormais sans interruption comme emblème sur son cœur.

Le témoignage très significatif de l’abbé Dufriche-Desgenettes nous fait retourner à Notre-Dame des Victoires où la Vierge Marie était apparue au frère Fiacre. La paroisse Notre-Dame des Victoires étaient terriblement déchristianisée en 1836. L’abbé Dufriche-Desgenettes témoigne avoir entendu au-dedans de lui alors qu’il célébrait le Sacrifice eucharistique et ensuite à la sacristie : « Consacre ta paroisse au Très Saint et Immaculé Cœur de Marie. » C’est ce qu’il fit et ce fut un jaillissement de grâces et de conversions. Ce chemin de la consécration au Cœur Immaculé de Marie est celui que la Vierge Marie donnera au monde à Fatima. Dans notre grande faiblesse, nous avons bien besoin de cette médiation maternelle du Cœur immaculé de Marie pour être fidèle à la consécration au Cœur de Jésus !

Ces deux Cœurs sont représentés ensemble sur la médaille miraculeuse donnée à sainte Catherine Labouré par la Vierge Marie qui lui est apparue à la rue du Bac à Paris en 1830. Un autre symbole de cette médaille, le « M », a été tracé par Marie sur la France à travers cinq apparitions au XIXe siècle : Paris en 1830, La Salette en 1846, Lourdes en 1858, Pontmain en 1870 et Pellevoisin en 1876. La France est marquée de son sceau : elle lui appartient !

Le glorieux couronnement de Notre Dame de Grâces et de l’Enfant-Jésus

En 1938, le Pape Pie XI autorisa le couronnement de Notre-Dame de Grâces à cause du glorieux tricentenaire de la consécration de la France à Marie. Ainsi, le 7 août 1938, monseigneur Siméone évêque de Fréjus et Toulon couronna solennellement la statue de Notre-Dame. « La presse locale fait état d’un rassemblement de 50 000 personnes. La couronne est confectionnée à partir de bijoux et de l’or offerts par les fidèles. » Oui, Jésus est vrai Roi de France et Marie, vraie Reine de France !

Joyeuse espérance de la victoire finale après la grande épreuve

En France et dans le monde, le combat touche aujourd’hui tout particulièrement la famille. Cette dernière est en quelque sorte le chef d’œuvre de la Création, le lieu privilégié de relations à l’image des relations intimes de la Vie trinitaire (cf. Gn 1, 26-28 ; 2, 18-25). Ces relations sont appelées par grâce à la ressemblance de la Vie intime de Dieu (cf. 2 P 1, 4). L’Adversaire se déchaîne actuellement pour défigurer cette image. Joseph par son apparition à Cotignac (apparu lors du mariage de Louis XIV à un jeune berger du même âge que ce dernier) touche la question du mariage alors que son épouse, Notre-Dame de Grâces, avait touché celle, si attaquée elle aussi aujourd’hui, de la procréation (Enfant-Jésus dans ses bras et intercession pour la conception de Louis Dieudonné avec consécration de la France à Marie). La Sainte Famille nous apporte le « remède » pour sauver le trésor si menacé qu’est la famille.

Belles paroles d’espérance prononcées par saint Pie X, le 29 novembre 1911, dans son discours aux cardinaux :

Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux fonts baptismaux de Reims, se repentira et retournera à sa première vocation… Les fautes ne resteront pas impunies mais elle ne périra jamais, la Fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes. Un jour viendra, et nous espérons qu’il n’est pas éloigné, où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d’une lumière céleste et entendra la voix qui lui répètera : « Ma fille, pourquoi me persécutes-tu ? » Et sur sa réponse : « Qui es-tu, Seigneur ? », la Voix répliquera : « Je suis Jésus que tu persécutes. Il t’est dur de regimber contre l’aiguillon parce que, dans ton obstination, tu te ruines toi-même. » Et elle, frémissante, étonnée, dira : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Et Lui : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille aînée de l’Église, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, mon Nom devant tous les peuples et tous les rois de la terre ».

Marthe Robin (1902-1981) a eu des intuitions prophétiques assez semblables : « La France tombera bas, très bas, plus bas que les autres nations, à cause de son orgueil et des mauvais chefs qu’elle se sera choisis. Elle aura le nez dans la poussière, il n’y aura plus rien. Alors elle criera vers Dieu, et c’est la sainte Vierge qui viendra la sauver. Elle retrouvera alors sa mission de Fille aînée de l’Église et enverra à nouveau des missionnaires dans le monde entier. » Cette grande mystique du XXe siècle a laissé une très belle prière pour la France :

Ô Père, ô mon Dieu, délivrez, sauvez maintenant votre France ; préparez le cœur de ses enfants à la mission qu’ils vont avoir à accomplir pour elle, pour toutes les autres nations, pour l’Église tout entière. Ô Père, ô mon Dieu, que le cœur de tous vos élus tressaille maintenant à votre appel, reconnaissant votre voix et votre commandement, votre invitation à agir ; conduisez-les, ô mon Dieu, chacun à sa place et chacun à sa mission et imposez-leur vous-même tout ce que vous voulez de chacun et de tous. Que rien ne soit l’effet de leur choix, ô mon Dieu, mais de votre unique désir, de votre unique volonté d’amour. Ô Maman chérie, ne les laissez ni s’égarer, ni se tromper.

Le Christ disait à Marcel Van : « La France est toujours le pays que j’aime particulièrement… J’y rétablirai mon amour… Et pour commencer à répandre sur elle mon amour, je n’attends désormais qu’une chose : que l’on m’offre suffisamment de prières. Alors, mon enfant, de la France, mon Amour s’étendra dans le monde… Je me servirai de la France pour étendre le règne de mon amour partout… »  

Nous avons pu ainsi découvrir davantage, combien sont étroits et significatifs les liens entre les apparitions de Cotignac et l’histoire de France. Elles s’éclairent mutuellement. Quatre fils entrelacés parcourent en quelque sorte cette histoire et se manifestent fortement à Cotignac. Le premier fil est celui du Cœur de Jésus qui se donne dans l’Eucharistie (Cœur eucharistique). Le deuxième fil est la Vierge Marie et finalement la consécration à son Cœur Immaculé. Le troisième fil est la fidélité au successeur de Pierre et ainsi la défense de l’Église catholique. Ces trois premiers fils sont très liés à l’héritage de saint Jean, le disciple bien-aimé. Le quatrième fil est la participation très spéciale à la mission royale de Jésus à travers un roi Lieutenant du Roi des rois. Ce serviteur du Christ-Roi, pour accomplir pleinement sa mission doit être consacré au Cœur Immaculé de Marie afin d’être un roi selon le Cœur de Jésus et défendre l’Église catholique dans la fidélité au successeur de Pierre. Il contribuera ainsi grandement à l’établissement du règne eucharistique de Jésus par Marie, Femme eucharistique.